Qui est Andry Rajoelina ?

Article du Journal de l'Île de la Réunion, paru le 7 Juin 2009, 

Des platines au palais...

Héros et président pour ses partisans, putschiste et pirate de l'air pour ses adversaires, Andry Nirina Rajoelina est l'homme par qui tout est arrivé. Voici l'histoire de ce jeune homme qui vient de fêter à Paris son 35e anniversaire le 30 mai dernier (article paru en 2009). Il s'est fait connaître en tant que DJ vers la fin des années 80. À cette époque, suite à la chute du mur de Berlin, on assiste à Antananarivo à la recrudescence du phénomène de bande, issu du mouvement hip hop aux États-Unis. Fils d'un colonel sous Ratsiraka, Andry crée la Troop Guns Val (TGV) dans le quartier de Besarety où il a passé son adolescence. À l'âge de 20 ans, Andry TGV a forgé sa réputation pour avoir organisé des soirées grandioses, entre autre en transformant le premier étage du prestigieux hôtel Hilton en discothèque géante où se donnait rendez-vous la jeunesse branchée tananarivienne.

Tana comme Hollywood 

Le DJ poursuit sa carrière dans l'événementiel et se trouve à la tête d'une société d'impression numérique Injet, sur les traces de son beau-père Rodolphe Razakandisa, patron de Doma Pub, l'une des plus anciennes agences de publicité malgaches. En 2007, Rajoelina s'offre les stations de radio et de télévision Ravinala de Norbert Ratsirahonana, rebaptisées Viva. Pour la petite histoire, lors de l'inauguration de la télévision Viva, le 26 mai 2007, la présentation sera assurée par Isabelle Mayot, la miss météo d'Antenne Réunion. Constamment en conflit avec les autorités de la commune d'Antananarivo concernant notamment les panneaux publicitaires, Andry Rajoelina sous les couleurs de TGV rebaptisé Tanora Gasy Vonona ou littéralement "Jeunesse malgache prête" se présente aux municipales et est élu maire de la capitale en 2007, face à Hery Rafalimanana du Tim, poulain de Marc Ravalomanana. À part l'inscription du mot Antananarivo sur le flanc d'une colline comme à Hollywood, son programme électoral n'a pas pu se réaliser sans l'aide du régime Ravalomanana qui semble avoir mal digéré la défaite. Prévisible.

Révolution orange

En plus des éternels différends autour des panneaux publicitaires, les factures d'impayés de la commune lors des précédentes mandatures refont surface. La fermeture des stations Viva - suite à la diffusion intégrale d'une interview de l'ancien dictateur Ratsiraka considérée comme une "atteinte à la sûreté de l'État" - sera la goutte qui fera déborder le vase. Tous les mécontents du régime Ravalomanana se regroupent autour d'Andry Rajoelina qui prend alors la tête de l'opposition. Début 2009, les manifestations baptisées Révolution Orange sont organisées au coeur d'Antananarivo et seront suivies de violents troubles, incendies, pillages sur l'ensemble du territoire (lire par ailleurs). Poussé par les 200 000 manifestants de la capitale et les dinosaures de la politique, le maire s'autoproclame Président de la Haute Autorité de Transition (HAT). Avec l'aide du Capsat (Corps des personnels et des services administratifs et techniques de l'Armée) il réussit à chasser Ravalomanana du pouvoir et à s'installer au palais présidentiel d'Ambohitsorohitra depuis le 17 mars 2009.