AIDES "COVID" : Une manne financière pour les puissants

18/03/2021

817 millions de dollars. C'est le montant total du financement attribué à Madagascar par la Communauté internationale dans le cadre de la lutte contre la pandémie du Coronavirus.

En principe, cette aide conséquente est destinée à la population. Mais dans la pratique, les rares bénéficiaires sont les plus nantis, les personnes proches du pouvoir et quelques politiciens. La manne financière fait le bonheur des tout puissants, au détriment des plus vulnérables.

Au tout début de la crise, les premières mesures prises par Rajoelina, c'était d'acheter une soixantaine de véhicules tout-terrain auprès d'un ami concessionnaire et mettre ces voitures aux couleurs de son parti politique. Il a ensuite décrété l'Etat d'urgence sanitaire. Pour combattre le virus, il a envoyé les militaires pour traquer... la population dans le cadre d'un confinement à Antananarivo et à Toamasina.

Cette période sera aussi marquée par l'arrivée par avion d'une cinquantaine d'ingénieurs venus de Chine, le pays d'origine du virus, pour construire le stade municipal de la capitale. 77 millions d'euros sont engloutis dans ce chantier décrié par les ouvriers malgaches qui y ont travaillé dans des conditions inadmissibles.

Des journalistes et des économistes ont décortiqué un rapport officiel publié par le Ministère de l'économie et des finances. Les résultats de leurs investigations concernant l'utilisation des aides internationales pour le Covid sont décrits dans la vidéo suivante.

Qui sont les donateurs ?

La Chine, la France, la Norvège, la Principauté de Monaco, l'OMS. le PNUD. l'Union européenne. et l'ONG Secours islamique de France. Au 11 Janvier 2021, le montant total des dons avoisine les 40 milliards d'Ariary. Sur ces 817 millions de dollars, malgré l'urgence, l'Etat malgache n'a réussi à décaisser pour le moment que 446 millions.

A qui profitent ces fonds ?

A Ratsiraka et ses anciens barons en premier lieu

L'argent du Covid, destiné à la base pour lutter contre le virus à Madagascar a servi à rembourser les frais médicaux de quelques politiciens célèbres. Figure en tête l'Amiral Didier Ratsiraka, qui n'a jamais pourtant était déclaré malade du Coronavirus mais dont le nom apparaît au moins 4 fois dans le rapport. Il a reçu 2,4 millions d'Ar le 5 mai, 3,2 millions d'Ariary le 11 juin, 6 millions d'Ariary le 3 août et 5 millions d'Ariary le 27 août 2020. Soit 17,7 millions d'Ariary au total.

Son ancien premier ministre, le Général Désiré Rakotoarijaona aussi n'a pas été oublié. De même qu'un ancien baron du régime socialiste, son ancien ministre Aristide Velompanahy dont les frais d'évacuation sanitaire en France ont été remboursés à hauteur de... 76 millions d'Ariary.

L'évacuation sanitaire à l'étranger concerne aussi quelques très rares personnes dont le nombre se compte sur une seule main, dont une journaliste de la TVM qui s'est faite soignée à la Réunion pour 3,7 millions d'Ariary ou encore une jeune de 19 ans, probablement la fille d'un dignitaire du régime, évacuée à Marseille pour près de 50 millions d'Ariary.

Mais le record absolu en matière d'évacuation sanitaire est de 176 millions d'Ariary ! Ce sont les frais d'hôpitaux d'un parent proche de la collaboratrice de Rajoelina à la Présidence. Et ce, malgré les soins qui ont frôlé les 40 000 euros, ce patient soigné à Paris est malheureusement décédé.

Des sociétés fantômes chinoises

Première observation : on peut se poser des questions sur cette entreprise à consonance chinoise qui ne porte... aucune trace sur internet. Pourtant pas moins de 15 factures ont été versées par le Ministère de l'intérieur, en faveur de cette société fantôme, pour un montant avoisinant les 3,7 millions de dollars entre le 10 et le 21 décembre 2020. Le motif de la transaction paraît très vague : « achats des matériels pharmaceutiques » peut-on lire.

Nous avons cherché à identifier d'autres heureux bénéficiaires des marchés. Et nous sommes tombés sur une société spécialisée dans la confection et la vente de... « pantalons tissés, short et bermuda pour dame ». C'est une activité qui n'a strictement rien à voir avec la vente de « matériels pharmaceutiques » par cette société qui empochera au final 474 000 dollars.

Les sociétés chinoises sont payées par le Ministère de l'Intérieur et non pas celui de la santé, alors qu'il s'agirait d'achat de matériels pharmaceutiques. Le ministre de la santé de l'époque a même été limogé pour avoir formulé des demandes aux partenaires étrangers sans passer par le super Ministre de l'intérieur. Tinarivèl Razafimahèf n'est pas à son premier scandale mais reste inamovible. Il a validé la commande de 8 milliards d'Ariary de bonbons sucettes, mais c'est sa collègue de l'éducation nationale qui a été démissionnée. Il est aussi bien connu pour avoir apposé sa signature à côté de celle de son épouse, bénéficiaire du marché de matériels audiovisuels et informatiques du CCO. Rappelons enfin que Tianarivelo Razafimahefa est le responsable du scandale des 1,3 millions de voix de doublons aux élections présidentielles de 2018 qui ont permis à Rajoelina d'accéder au pouvoir.

Le total des sommes d'argent attribuées à ces 2 seules sociétés chinoises s'élève à plus de 3,7 millions de dollars, payés par le... Ministère de l'intérieur et non pas celui de la santé, alors qu'il s'agirait d'achat de matériels pharmaceutiques.

La nomination du Ministre de l'intérieur à la tête du Centre de commandement opérationnel Covid 19 ou CCO a toujours été suspecte.

Des pièces pour l'ascenseur du maire

Parmi les bénéficiaires privilégiés de la manne financière de la communauté internationale, figure Nàïne Andriatsitohàïne premier magistrat de la capitale. En effet, le maire d'Antananariv a acheté, toujours suivant la procédure du marché de gré à gré, au célèbre concessionnaire Ocean Trade, un minibus Golden Dragon et une camionnette à plateau pour la coquette somme de 150 millions d'Ariary ou 33 500 euros. Le maire a profité de l'argent du Covid pour acheter des batteries et des pneumatiques pour les autres véhicules de la Commune urbaine... Cerise sur le gâteau : ces pièces de rechange pour la réparation et l'entretien de l'ascenseur de l'hôtel de ville ! Toujours au nom du Covid !

Jackpot pour Ravatomanga

Un autre dignitaire du régime a également décroché le gros lot pendant la crise. Il s'agit de l'homme d'affaires Mam Ravatoumang, propriétaire de la polyclinique d'Ilaf. Entre le 3 mars et le 13 août 2020, pas moins de 200 factures ont été dressées au bénéfice de son hôpital privé, accessible, uniquement par les plus nantis. Les montants des prestations payées avec l'argent du Covid avoisinent parfois les 50 millions d'Ariary, soit un quart de milliard de l'ancien franc malgache, pour un seul patient.

Sur le document publié sur le site du ministère de l'économie et du budget, il est impossible de savoir si les bénéficiaires de ces soins prodigués à la polyclinique d'Ilaf sont vraiment liés au Coronavirus ou pas.

Il en est de même pour les fonctionnaires, agents non encadrés de l'Etat et les retraités qui sont prise en charge à l'hôpital de Soavinandriana.

Que de mesurettes de propagande

Les tenants du régime se sont bien gardés d'ébruiter ces initiatives extrêmement budgétivores réservées à une poignée de familles de nantis, politiciens pour la plupart. En revanche, annoncées en grande pompe devant la presse, les mesurettes qui servent de trompe l'oeil et de propagande comme les Vary Tsinjo et autres Tosika Fameno ne durent que quelques jours, voire quelques heures, le temp d'un show médiatique savamment orchestré. Les bénéficiaires ne sont autres que les militants de base du parti présidentiel appelés à vanter les mérites du Président bien aimé. Les dépenses liées à l'acquisition des produits de première nécessité proposés dans les Tsena mour sont connues. Quant aux recettes, aucune trace...

Conflit d'intérêts

La mauvaise qualité du riz importé au détriment des producteurs locaux, a été fortement décriée. Rajoelina a tenu à verrouiller ce business de l'importation de riz à travers une société anonyme à participation publique créée à la va-vite. A la tête de cette structure controversée il a parachuté un de ses hommes de confiance qui occupe déjà un poste-clé à la société d'électricité JIRAMA. Ce mélange de genre qui sent le conflit d'intérêt à plein nez illustre à quel point la gestion de la pandémie par le régime Rajoelina est calamiteuse et n'obéit à aucune règle d'orthodoxie financière.

L'artémisia, un business familial

Il en est de même pour la tisane Covid Organics que plusieurs pays africains ont analysé et prouvé scientifiquement l'inefficacité. Pourtant, une bonne partie de l'argent du Covid a été engloutie par le business de l'artémisia, dans lequel évoluent plusieurs membres de la famille de Rajoelina. 143,3 millions d'Ariary, plus précisément. Ce monopole bien juteux profite pleinement aux proches du Président qui les a confié aussi la gestion d'une usine flambant neuve pour fabriquer des gélules... d'artémisia, encore et toujours.

Pour ne pas faire de l'ombre à son CVO, Rajoelina refuse de recevoir à Madagascar le don de vaccin mis à disposition par la communauté internationale pour les Malgaches. Cette interdiction formelle irresponsable constitue une non assistance à personne en danger. D'autant que le Coronavirus continue à tuer à Madagascar. Au moment de ce reportage, les cas mortels se multiplient dans la ville de Majunga.

Secteur économique sinistré et abandonné

Qu'en est-il des mesures destinées aux acteurs économiques ? Les syndicats patronaux et groupement d'entreprises que nous avons interrogés indiquent qu'à part le dispositif d'emprunt de la Cnaps, largement contesté par les travailleurs, il n'existe aucune autre information sur les éventuelles aides au secteur économique, totalement sinistré. Pourtant, dans le document ministériel, deux lignes attirent l'attention en cliquant sur l'onglet état d'exécution technique et financière.

La première ligne en haut du tableau, correspondant à la rubrique « Transfert » fait état de 150 milliards d'Ariary de... subvention au secteur privé.

Le même intitulé est repris au milieu du tableau avec cette fois-ci avec 764 milliards d'Ariary.

Ces sommes astronomiques présentées comme subvention équivalant à 200 millions d'euros, n'ont jamais été mises à la connaissance du secteur privé et n'a pas profité au plus grand nombre.

Les 5 sociétés les mieux loties, citées dans le chapitre « subvention » dans le cadre d'un soi-disant projet présidentiel baptisé Sosialim-bahoaka récoltent près de 6 millions de dollars.

Malades, soignants et paramédicaux en manque de tout

Ainsi, la gestion désastreuse de la pandémie par le régime Rajoelina est une réalité. Dans les hôpitaux, plusieurs témoignages émanant des soignants et des familles confirment que les malades manquent de tout. Les agents paramédicaux réclament leurs maigres indemnités depuis plusieurs semaines. En vain. Alors que les évacuations sanitaires pour les riches et les tenants du pouvoir se suivent et ne se ressemblent pas, notamment en direction de la France ou des îles voisines. Parmi les illustres bénéficiaires de ces voyages à l'île de la Réunion, on citera le Premier ministre Christian Ntsay ou encore la députée Ninah, vice-présidente de l'Assemblée nationale.

Les puissant usent et abusent de la situation au détriment des plus fragiles qui sont totalement oubliés. Parmi les victimes, en première ligne dans la guerre contre la pandémie figurent le personnel soignant et les agents paramédicaux mal payés, mais aussi les acteurs du monde économique frappés de plein fouet par la crise.

La gestion de ces aides a déjà fait l'objet de vives critiques tous azimuts émanant de l'opposition, de la société civile et des membres de la diaspora malgache dans le monde. Les pires scandales sont relayés dans les médias, notamment à l'international, car la presse locale est muselée et les lanceurs d'alerte sont jetés en prison à Madagascar.

Le boulevard des abus

Le magazine Challenges parle de « dérive sécuritaire provoquée par la crise sanitaire », tandis que d'autres stations régionales relatent les actes de corruption, de trafic d'influence et de détournement des aides, vivement dénoncés par Transparency International.

Comme au temps de la Transition de 2010, l'Etat d'urgence sanitaire décrété par Rajoelina en 2020 était un boulevard pour les abus en tout genre notamment à travers l'utilisation des procédures de marché négociés de gré à gré, attribués assurément à des proches et des cercles familiaux et amicaux des dirigeants.

Les fonds alloués par la communauté internationale constituent ainsi des puits sans fin pour les dirigeants malgaches qui n'ont même pas terminés d'utiliser les 800 millions de dollars mais qui continuent à formuler de nouvelles demandes.

En effet, ils veulent transformer en « fonds additionnels Covid », les 150 millions de dollars préalablement négociés par le précédent régime, destinés initialement au financement des Filets sociaux de sécurité en faveur des familles vulnérables dans les districts les plus pauvres, et spécialement ceux qui sont frappés par la famine dans le Sud.

Rajoelina n'est, ni légal, ni légitime

Rappelons que l'élection de Rajoelina est lourdement entachée par ses dépenses de campagne faramineuses frôlant les 186 millions de dollars et par le scandale des 1,6 millions de doublons révélé par le numéro 2 de la CENI, commission d'organisation des élections. La légalité du président est ainsi remise en cause, tout comme sa légitimité, compte tenu de ces récentes dérives dictatoriales.

Les 12 innocents arrêtés en février 2021 sont retenus en prison depuis plusieurs semaines. Leur seul tort, c'est d'avoir porté des habits rouges, aux couleurs du mouvement Miaramanoundj de l'opposition.

En même temps, les jeunes des universités, dans tout Madagascar, s'insurgent contre le retard ou le non-paiement de plusieurs mois de bourses d'études. A Tamatave, l'un d'eux a été tué avec des balles réelles utilisées par les militaires. Mais le mouvelent estudiantin ne faiblit pas. Leur colère et leurs inquiétudes sont légitimes : où sont passés les centaines de millions de dollars destinés à aider la population ? Comment sont gérés l'argent des contribuables ? Détournés ? Gaspillés ? Ou servent-ils à acheter des maisons en Suisse, à Maurice ou à Dubai ? Ou de nouvelles voitures pour les dirigeants adeptes du bling bling ? Madagascar est réellement en danger !

Fintina @ teny Malagasy

  1. Nitsaboana an-dRatsiraka (17 756 300 Ariary), Désiré Rakotoarijaona sy Velompanahy Aristide.
  2. Nanamboaran'i Naina Andriatsitohaina... ascenseur, nividiany piesy sy fiara ho an'ny CUA.
  3. Nandoavana ny fitsaboana ngetroka miisa 215 tao @ Polyclinique Ilafy, hôpitalin-dRavatomanga.
  4. Nanaovana Evasan ho an'olona vitsivitsy notsaboina tany an-dafy. Nisy havana akaikin'ny mpiasan'ny Presidansa nandaniana 39 881€ (178 tapitrisa Ariary) tany Paris saingy tsy tana ny ainy.
  5. Nividianana entana t@ orinasa sinoa tsy mari-pototra.
  6. Nandoavana trosan'ny JIRAMA mitentina 845 miliara Ariary...
  7. Namatsiana ny aferam-pianakaviana : artémisia natao CVO

Ireo no anisan'ny fandaniana nataon'ny Fankajan-dRajoelina ny fanampiana mitentina 817 tapitrisa $ nomen'ny Mpamatsy vola, araka ny fandinihana ny tatitra nataon'ny Minisitère de l'économie et des finances. Avy tao @ rohy www.mef.gov.mg/reportingcovid avokoa ny atontan'isa rehetra.